Le web est-il au 21ème siècle ce que les idéologies furent au 20ème? Les espoirs qu’il porte ont leurs zones d’ombre. La liberté d’accès d’un côté, le piratage de l’autre. La liberté d’expression d’un côté, la censure de l’autre. Déjà vu?
Preuve ultime que l’Internet est aujourd’hui un moyen d’information clef, les régimes autoritaires, de Pékin à Téhéran, en censurent de plus en plus de pages. De YouTube à Facebook, en passant par MSN (pour ne citer que des stars), on ne compte plus le nombre de sites censurés, ponctuellement ou de façon permanente, dans ces régimes dictatoriaux.
Sergey Brin, co-fondateur de Google, déclarait le jeudi 11 février que la censure du régime chinois ne fait que s’aggraver depuis les jeux olympiques: « la quantité d’informations censurées augmente de jour en jour », relatait-il alors. Un mois plus tard, il semble que la situation n’ait fait que s’envenimer entre Google et les autorités chinoises. En tout cas, samedi 13 mars, le Financial Times jugeait que la fermeture de Google.cn « à 99,9% certaine ». Lundi, des portails chinois utilisant Google ont reçu des instructions des autorités chinoises, leur recommandant de prévoir une alternative à Google au cas où le moteur de recherche devrait fermer.
Aujourd’hui, Google est le 2ème moteur de recherche en Chine, seule alternative à Baidu, qui enregistre les deux tiers des recherches des internautes. Baidu est chinois, et respecte à la lettre les règles édictées par le gouvernement communiste. Ce matin, Ly Yizhong, ministre en charge, notamment, des technologies de l’information, déclarait encore: « Il est irresponsable et inamical de la part de Google de persister à vouloir agir contre les lois et les régulations chinoises, et il devra en supporter les conséquences. »
Il semble en tout cas qu’un certain nombre d’internautes chinois estiment que c’est leur gouvernement qui est « irresponsable et inamical »… ceux-ci se mobilisent pour la défense de Google, en allant jusqu’à déposer des fleurs devant le siège du célèbre moteur de recherche. Ils échangent beaucoup entre eux, aussi. Enfin, plus maintenant, car ces discussions sont désormais censurées.
Les considérations éthiques dans les affaires ne concernent pas que Google, loin de là. Mais la fermeture de Google en Chine serait un symbole extrêmement puissant pour relancer la lutte contre la censure sur le web, et contre toute forme de violation des droits de l’homme, dont elle n’est que la partie immergée de l’iceberg.
Or l’Histoire nous apprend l’impact que peuvent avoir de tels symboles. La fermeture de Google en Chine, si elle a lieu, aura-t-elle le même impact que jadis la prise de la Bastille ou la chute du Mur de Berlin? On ne peut que le souhaiter.
